Image fantôme
Ceux qui se livrent à l'écriture, sans doute, ne peuvent plus écrire comme
autrefois, du temps d'avant l'image photographique, télévisuelle,
cinématographique. Comme les peintres, les premiers touchés par ces météorites
sidérants, ils ont dû les prendre en compte, car l'écriture aussi est une
production d'images. Voilà que la photographie est non seulement prise en
compte, dans un livre sans photographies, mais emballée, charriée, elle devient
un support, un fait d'écriture. Critique de photo au journal Le Monde depuis
1977, Hervé Guibert raconte ses antécédents photographiques : ses premières
images érotiques, une séance de photo avec sa mère dont l'image ne devait jamais
être révélée, la lente dégradation de la photo d'un ami condamné, des images
fantômes ou cancéreuses, intimes au point d'en devenir invisibles. Il ne s'agit
pas d'un texte théorique sur la photographie, mais d'une suite de récits qui
explorent, à travers des aventures personnelles, les différents types de
photographies : la photo de famille, la photo de voyage, le Photomaton, le
Polaroïd, la photo porno, la photo policière, la photo divinatoire. Le récit
oscille sans cesse entre l'image familiale et l'image amoureuse, les deux pôles
nécessaires, ce qui explique la double dédicace du livre, aux parents, et à
l'ami, T. Des personnages, en effet, apparaissent autour du narrateur, T., I.,
F., P., seulement initialés, mais qui pourraient être ceux d'un roman. L'Image
fantôme est paru en 1981.
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